Le presque parfait

Lui ? Sombre. Intense. Equilibré. Unique. Mystérieux. Un corps puissant. Subtil et agréable. Avec une forte personnalité. Riche, très riche. Profond et sensuel. Un goût inoubliable. What else ? Il boit des Nespresso comme El Gringo. Il laisse derrière lui un arôme de musc et de cacao grillé avec en note de tête d’amande amère. Envoûtant.
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Le presque parfait est de taille moyenne, les yeux peau de truite (couleur indéfinissable variant en fonction de l’horloge biologique de son propriétaire et de la densité de l’atmosphère), une toison très fournie châtain cendrée (avec un épi sur le côté droit) et une barbe drue d’au moins 6 heures.

Malgré les plis de son visage artistiquement buriné (on dirait Shar Peï mal réveillé), sa tenue est soignée : velours chocolat pour la veste Balthazar, chemise moka cintrée Melchior mettant en évidence un ventre plat mais deux bras un peu courts assortis à ses mains, petites et carrées (des mains de baroudeur), Levis 501 noir (classique mais mettant en valeur un cuissot fuselé). Plus d’alliance. Un mariage en blanc (la robe de la promise en fait) avec dragées pas faciles à avaler. Un enfant issu d’une envie trentenaire de paternité. Un divorce en noir (la robe de la juge en fait), pilule facile à digérer. Bon débarras !

Le presque parfait est désormais une seconde main qui ne sait pas exactement s’il est à nouveau en main. Sa décision dépendra de ses prochaines vacances sous les cocotiers. Le presque parfait aime à prendre ses décisions radicales de vie, les doigts de pieds en éventail, à vingt centimètres de l’Océan indien, sa future ex (à moins que ce ne soit sa future tout court) en bikini Eres à ses côtés. En attendant le mois d’avril, le presque parfait se demande si ce n’est pas vous sa nouvelle moitié.

Dans la vraie vie, le presque parfait est un crapahuteur de sous-bois, un protecteur de rûs et d’espèces arboricoles en tous genres. Il connaît le nom des arbres en latin. C’est un homo sylvus. Il a la main verte (à défaut d’avoir la queue florissante). Son intérieur est envahi de plantes grimpantes, descendantes, piquantes, odorifantes. Le presque parfait écoute Mozart parce que c’est bon la chlorophylle de son environnement végétal. Le hic c’est qu’il consacre 50% de son temps à son boulot, 20% de son temps à son rejeton, 10% à ses plantes, 10% à ses potes moches, reste 5% pour sa future ex et 5% pour vous. Bienvenue dans l’univers du presque parfait ! Solide comme un roc dans son boulot (il est ingénieur des eaux et forêts), mou comme une guimauve dans sa vie affective (il est balance ascendant scorpion).

Vous ? Brieffée depuis trois heures par votre meilleur ami qui s’est mis en tête de vous présenter l’ex-copain de l’ex-belle-sœur du frère de son ex-assistante.

  • « Surtout joue-la vierge effarouchée. Ne fonce pas dans le tas. Ne fais pas le premier pas Ça veut dire pas de signaux. Ne l’embrasse pas, la première. Ne couche pas le premier soir. Je te connais, tu vas lui sauter dessus ! Tu vas l’effrayer. Laisse-le venir. Laisse faire… C’est ça, mets ta petite robe noire. Non, elle n’est pas trop longue. Avec des bottes. T’es folle, pas des cuissardes ! Celles en cuir noir, c’est bien. Ça donne une touche sexy. Pas de bijoux. Non, trop clinquant. Pas de chignon, non plus. Lâchés, les cheveux. Sois naturelle et réservée. Un peu de rouge à lèvres. Ah, c’est du brillant ? Pardon ! Ouais, c’est pareil. Parfait. T’es sublime. Vas-y. Pas de gaffe, hein ? »

Fin du briefing. Heure du blind date.

Le presque parfait est un gentleman uniquement pendant l’heure du repas. Il vous offre tout de même sa veste en velours Balthazar car vous frissonnez au petit vent coulis qui frôle votre nuque à la sortie du restaurant (un troquet cosy du 17e arrondissement). Le geste est large et chaloupé. Vous le supposez « bon danseur bon baiseur » (proverbe guadeloupéen). Premier bon point. Arrivés à la voiture, tout part en couilles.

Le presque parfait se jette sur vous parce que ça fait deux heures trente qu’il se passe en boucle George Mickael (« I want your sex next to mine »), deux heures trente qu’il se retient et là, franchement, il n’en peut plus. Imaginez Steve Mac Queen avec une barbe de six heures (c’est important !) qui subitement devient un enragé sauvage et sensuel. Ses lèvres charnues et puissantes caressent vos lèvres si douces. Les lèchent, les picorent, les écrasent voluptueusement. Sa langue ferme et pointue titille votre langue de jolie fille, la suce, la gobe, la tête, l’avale et finit par la massacrer délicieusement. Mieux qu’un baiser de cinéma. Mieux que la scène finale des "Epices de la passion".

Embrasser un presque parfait c’est 9/10 parce qu’à bout de souffle et à contrecœur, vous vous détachez du presque parfait et lisez dans ses yeux un constat où se mêlent horreur et consternation. Votre menton est tuméfié. Votre peau de bébé est brûlée au second degré (effets secondaires de la barbe de six heures). Le point en moins, c’est pour les cinq euros dépensés chez le pharmacien (achat d’un tube de Biafine). Pour une semaine de perfidies essuyées (C’est quoi cet urticaire ? T’es tombé sur ton paillasson ?) que vous contrez fièrement en rétorquant que c’est une allergie aux fraises, oubliant qu’on est en plein décembre ! Pauvre victime de ses baisers enflammés.

Le presque parfait est un homme de préliminaires. Un homme de première partie de soirée (à l’heure de Fogiel, c’est sûr, Melle Libido est couchée depuis longtemps). Un homme de fantasmes et de découvertes. Le premier soir, il veut juste dormir avec vous (votre meilleur ami avait raison finalement). Dormir… juste faire dodo l’un contre l’autre : comme au Moyen Age, dans les pages du Lagarde et Michard sur l’amour courtois (ça tombe bien, vous, vous avez rédigé une thèse sur Tristan et Iseult mais encore jamais mis en pratique !)

Le presque parfait est celui par qui vos fantasmes secrets se réaliseront. Rappelez-vous, vous aviez douze ans et vous avez écrit dans votre journal intime : « L’homme qui dormira avec moi sans me toucher, je l’épouse » (on a le parcours du tendre et les influences littéraires qu’on peut). Depuis, vous avez rajouté deux conditions supplémentaires : « passer le test du tire-bouchon et sortir vainqueur du test du chat ». Jusqu’à maintenant, ils se sont tous cassés le nez (à défaut de se casser autre chose), sauf le presque parfait. Certes, vous n’avez pas dormi de la nuit, pas fait l’amour non plus (promis juré au sens clintonien du terme… ça compte n’est-ce pas ?)… et tripoté découvert qu’un sexe en érection ça peut faire un angle droit (orientation Nord Ouest 90°).

De plus, le presque parfait sait ouvrir une bouteille d’Auxey-Duresse (vingt ans d’âge) avec votre tire-bouchon pour intello, sur un timing de huit secondes (non battu à ce jour). Votre chat est raide dingue de lui et ne le lâche pas d’une semelle, le presque parfait non plus. Il lui donne à manger ses croquettes spécial light qui puent, le caresse et accepte en silence ses poils et ses griffes sur sa veste en cuir Thierry Mugler, c’est dire s’il l’aime ! Le presque parfait est un être merveilleux.

Sauf qu’il y a des choses que les hommes ne confient jamais aux autres hommes (« J’ai un sexe coudé et je suis un déballonné »). Sauf qu’il y a des choses que les hommes ne confient jamais à leur petite amie (« J’ai un sexe coudé et je suis un déballonné »).

Le presque parfait prend son temps. Ses rares apparitions sont maîtrisées. Jamais seul. Toujours accompagnés de copains (très) moches comme ça il a l’air encore plus beau. Ça excite votre clitoris et appuie sur la touche Kate Bush de votre radio interne (Voulez-vous coucher avec moi, ce soir ?). Depuis votre blind date, vous ne vous êtes vus que deux fois. Entre la protection du monde boisé (« toujours au service des eaux et forêts »), son rejeton (un week-end et un mercredi sur deux) et sa future ex, il décommande sans complexe chacun de vos tête- à-tête au dernier moment (vous ne pouvez pas lui en vouloir, vous faites la même chose avec le gentil, votre psy appelle ça l’effet miroir). La promesse de deux jours idylliques rien que tous les deux vous fait patienter.

Il prévoit votre anniversaire un mois à l’avance inclus le cadeau surprise (un Ipod, tout le monde sait que vous savez sauf lui). Le presque parfait est un idéaliste, un romantique. Il aime les situations parfaites. Le jour J, alors que vous croulez sous les cadeaux, le presque parfait vous annonce qu’il préfère l’intimité d’un séjour en bordure de mer pour vous l’offrir. Pas d’inquiétude, votre bon vieux walkman fait toujours l’affaire !

Quand le jour J arrive enfin, tout est prêt (sauf l’Ipod qui ressemble de plus en plus à l’Arlésienne de la rue des Morillons). Même la pluie ! Deux heures de voiture. Le presque parfait aime tellement la voiture qu’il ne veut plus la quitter. Une fois arrivés, valises posées, vous repartez illico presto visiter la ville d’à côté (50 km plus loin). Ça fait 100km supplémentaire aller-retour ! Retour au bercail Relais & Château direct pieds sous la table sans passer par la case chambre d’hôtel pour être jolie et ne pas sentir la transpiration pendant tout le dîner. Délicieux par ailleurs. Enfin retour chambre. Et là, tout part en couilles bis.

La scène du baiser de cinéma bis (toujours 9/10). On passe à la phase nus l’un sur l’autre, nus l’un sous l’autre, bientôt nus l’un dans l’autre.

  • T’as une capote ?
  • Ben, non et toi ?
  • Ben non !

(Aaaaaargh !! C’est pas les mecs qui s’en chargent ? Surtout les gentlemen organisateurs de A à Z ?) Voilà comment rater un week-end de rêve érotique en une leçon. Voilà comment dormir à côté d’un homme sans qu’il vous touche bis (et en plus, il ronfle).

Bien sûr, le lendemain matin (avant les croissants), il y a la pharmacie où vous vous précipitez, mais forcément ça n’est pas la bonne marque (le presque parfait est un grand sensible, il ne supporte que les Manix Crystal) que vous achetez et la virilité du presque parfait se déballonne à l’enfilage. Besoin d’aide ? C’est l’angle qui ne passe pas !

Besoin d’humour pour dénouer le dramatique de la situation ? SOS tarot érotique. Vous battez les cartes. Vous en tirez une… la masturbation (ouais, à deux c’est mieux).

Mademoiselle Virilité se réveille, se redresse et récidive en pantalonnade car, cette fois-ci, les voisins sont décidément trop bruyants (ils prennent leur petit-déjeuner dehors). Pas grave. Le presque parfait se lève et ferme la fenêtre. El gringo nu dans les rayons du soleil, c’est Tom Jones qui vous hurle dans les oreilles (Sex Bomb, Sex Bomb) Vous attendez un peu (même Steve mac Queen peut avoir des défaillances) et tentez le tout pour le tout. Il tire une carte… La panne ! Si le loup y était, il vous mangerait… Le presque parfait vous rassure. Il vous dit que vous êtes belle, qu’il n’attendait que vous (Ah Patricia K., t’as vécu ça aussi ?), que vous êtes son idéal féminin (c’est pas dans la chanson mais ça explique qu’il est paralysé de trouille à l’idée de toucher votre corps de déesse).

Finalement, il refuse de vous embrasser sinon c’est brûlure troisième degré assurée. (Ah, Biafine, si tu savais à quoi tu sers). Le gentleman déballonneur vous lâche (façon OSS 117) et se précipite dans la salle de bains. Comme le loup n’y est pas… La mieux que vous puissiez faire c’est rentrer à la capitale, embouteillage inclus. Ami(e)s des Relais &Châteaux bonjour, bienvenue à l’inauguration du week-end rateau !

Le presque parfait est un être décidément merveilleux ! Dommage que vous ne vous appeliez pas Fernande, parce qu’avec Fernande c’est sûr il b…


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