L’Excentrique pileux

L’excentrique pileux est un matelas bi-annuel, version été ou version hiver... Une étendue plus ou moins moelleuse à ressorts ou à lattes réversible en fonction des saisons, ultra-fonctionnelle selon vos humeurs, malheureusement sans bon de garantie. C’est normal, le contrat confiance (celui de la camionnette rouge, jaune et bleue) n’est pas fourni à l’achat, vu que l’excentrique pileux est gratuit.
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"Forcément" (prononcez comme Tonton Fernand), avec l’excentrique pileux, dormez comme vous aimez ! (bravo Dunlopillo). Un deux-en-un sans mode en d’emploi, si vous l’aviez su, vous l’auriez certainement retourné à l’expéditeur (en l’occurrence à la maison mère).

Les saisons passent et ne se ressemblent pas (le poète l’a dit, c’est écrit, c’est donc comme ça que cela est). L’hiver, il neige, il fait froid, les filles portent des bottes ou des cuissardes (ça dépend qui elles veulent exciter leur patron ou leur petit copain). Elles se cachent dessous trois épaisseurs de vêtements (le débardeur violet en coton Sandro, la mini-robe grise Zadig & Voltaire, le cache-cœur vert Maje, les collants rouge 80 deniers Le Bourget) sans oublier le manteau trois-quarts panthère Tara Jarmon, l’écharpe bleue, le bonnet rose assorti à l’écharpe bleue, les gants orange assortis au bonnet rose assorti à l’écharpe bleue.

Face à la fibre artistique de la fashion victim multicolore made in Julie D., l’homme reste stoïque.

L’excentrique pileux aime l’hiver et le froid. L’homme de l’hiver a la fibre laineuse. Une rebelle attitude rustique, du bûcheron pur jus. Sa seule fantaisie c’est le carreau, au poker et en chemise. Sinon, son mode d’expression c’est la côte. Celle de la maille à l’envers la maille à l’endroit (principe enseigné par la maison mère) pour le pull en laine chocolat à col roulé. Les chaussettes c’est même maille même couleur. Le pantalon est en velours à fines côtes avec un ourlet à revers trop court, avec vue (lorsqu’il est assis) sur des bottines tout cuir marron aux élastiques noirs latéraux et semelles de crêpes.

Quand il ne neige pas, l’excentrique pileux passe inaperçu (de loin et de préférence sous la pluie). Par temps sec et de près, quelques signes distinctifs précurseurs de son abondante pilosité peuvent apparaître. La barre de ses sourcils est ininterrompue au-dessus de ses globes oculaires, soit pour renforcer son regard de braise, soit pour rappeler que Frida Khalo en mal de mâles, vient de se réincarner en Emmanuel Chain. Les poils du nez, rappelant étrangement la couleur et la taille de ses sourcils, (surtout ne vous approchez pas, l’excentrique pileux vient peut-être d’éternuer).

Il n’y a pas que Sean Connery et José Garcia qui portent beau le follicule pileux. Amis du Sud, mangeurs d’ail, buveurs de Pastis et d’huile d’olive, la concurrence est rude et elle vient du froid : le poilu nouveau est arrivé ! Ses grands-parents sont québécois. Il en garde un léger accent sonore et benêt qui résonne comme le refrain de « Ma cabane au Canada » remixé par René (le mari de Céline, de grâce prononcez « R’né »), le « Grand Caribou des neiges ».

L’excentrique pileux aime les sports de glisse. L’excentrique pileux fait du roller. Il n’a pas besoin de frein. Les poils des mollets au vent, ça ralenti tout seul ! Mais au moins, lui, il ne rit pas quand vous vautrez, en plein Paris sur le pont Alexandre III, en équilibre sur un piquet arrondi façon vol plané la mort du cygne. L’excentrique pileux est joueur de hockey sur glace (pas de problème de freinage pileux, le hockeyeur est habillé de pied en cap). Ça explique sa carrure de déménageur. L’excentrique pileux habite un pavillon de banlieue, près de la Marne. Ça lui rappelle la région des grands lacs. L’excentrique pileux est sympa (comme les routiers de Max Meynier).

Il passe ses après-midi à faire pisser son chien et aime vous en faire profiter (c’est attendrissant un grand baraqué qui ramasse une crotte avec un sac en papier !). L’excentrique pileux est sportif. Chaque week-end est une activité sportive nouvelle. Chaque activité sportive est un nouveau week-end. Rien ne pourra déroger cette règle. Il est écrit que vous vous y plierez, suante, dégoulinante, puante, collante. Winneuse que vous êtes ! L’excentrique pileux est un GO (Gentil Organisateur pour ceux et celles qui ont manqué la trilogie des Bronzés) agréable et efficace. Un bout-en-train rigolo mais un bout-en-train bio ! L’excentrique pileux mange soja, fume soja et pisse soja. Un relan des années 70, époque aimée où le poil valorisait la virilité du mâle.

Un homme qui porte un pull chocolat tricoté main est-il sexuellement opérationnel ?

Vous ne tardez pas à le savoir puisque faute de mieux (le mieux, c’est votre copine qui le récupère dans la pénombre de votre cuisine : votre gazinière en rougit encore de plaisir…), vous vous retrouvez donc face à face avec ce qui reste à vous mettre sous la dent dans votre salon : l’excentrique pileux !

Tandis que la chaîne hi-fi salive sur Barry White (« Can’t get enough of your love, babe »), un caribou de tendresse (sportif et bio) s’affale sur vous, effleure du bout de sa langue rose et mentholée (conséquence de cinq caïpirinhas d’affilée) vos lèvres, glisse la main (velue quoique douce) sous votre petite jupe noire, caresse vos bas ( c’est plus érotique de dire bas mais ce sont des Dim up) et se débarrasse avec dextérité de votre petite culotte en dentelle noire, en enfonçant tout en douceur (mais pas trop) deux doigts dans votre chattre qui, honnêtement n’attendait que ça. A moins que…

Il y a mieux, beaucoup mieux et l’excentrique pileux l’a parfaitement compris et c’est sa langue maintenant qui titille votre clitoris. Franchement comme baiser, c’est 8/10.

Pendant que votre cabane au Canada s’affaire entre vos cuisses, vous vous aggrippez des deux mains à sa tignasse brune à la Frida Khalo et avez subitement l’idée saugrenue de glisser les mains sous son si joli pull-over chocolat maille à l’envers maille à l’endroit (après tout vous êtes à moitié nue. Cessons ce sexisme qui veut que l’homme reste toujours vêtu !) Votre main caresse son dos… très… extrêmement… horriblement… atrocement… velu.

C’est comme le Baygon (flee tox pour les plus anciens)... Un répulsif puissant vient d’envahir la pièce. Le pull-over noir avec col roulé incorporé est une tenue de camouflage sophistiquée. La zoophilie, vous n’avez encore jamais essayé. Et franchement les fantaisies éclairées sur poulies de Catherine II, vous ne pensiez pas y avoir droit de sitôt ! Mais voilà, l’excentrique pileux est un yéti des neiges ! Un moquette humaine ! Un green jamais tondu. Un « maudzi gazon » recto-verso.

A l’exception de la paume des mains et de la plante des pieds, il a des poils partout (oreilles incluses !) De la nuque jusqu’aux orteils y compris dos, fesses, raie des fesses, bassin, cuisses, torse. Un yack pas épilé depuis neuf mois est là, nu, devant vous. Il vous faut une machette pour avancer dans une brousse de poils. Vous vous imaginez déjà courir à la salle de bains, revenir avec des bandes de cire froide, une pince à épiler, une paire de ciseaux. Appelant le vétérinaire ou votre esthéticienne. Que nenni. Revivre le remake de Darkwater... L’invasion des poils sur le savon, dans le siphon, dans le lavabo, la douche, les cabinets, la chasse d’eau !

Vous devez vous pincer pour y croire. Vous faites l’amour avec un homme à poils ! Mais quel pied vous avez pris à faire l’étoile de mer (seul moyen de ne pas toucher au follicule vivant). Soyons des bêtes ! Vive le poil ! Merveilleux premier protecteur naturel contre le froid !

L’excentrique pileux aime le poil. Il l’entretient avec bonheur. L’excentrique pileux bannit les serviettes de toilette. Après l’amour (et la douche donc). Il se sèche exclusivement au séchoir (le poil est plus doux et plus soyeux). Il vous demande même la marque de votre sèche-poils (pardon sèche-cheveux, qualifié de re-mar-qua-ble !) Camille Albane, pour ceux qui sont intéressés !

Depuis lorsqu’un touriste égaré, vêtu d’un pull-over tricoté main, vous demande son chemin, vous ne changez plus de trottoir. Vous le dévisagez longuement et selon votre humeur sensuelle du moment, vous l’envoyez chez votre toiletteur de quartier (une bonne adresse, au poil), chez Brigitte B. (une femme qui se bat pour une espèce en voie de disparition, c’est beau) ou chez vous (juste pour vous vérifier la graduation du baiser).


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